Depuis maintenant près d’un mois, les auditeurs de France Inter ont entendu parler de « l’histoire Guillon et Porte ». Ces humoristes ont bel et bien été écartés des ondes par Jean-luc Hees, PDG de Radio France et Philippe Val, directeur de France inter, à cause officiellement de leurs chroniques trop insultantes.
Ces deux hommes se sont d’ailleurs exprimés sur ce sujet. Le premier a répondu à la question si nous allions retrouver les deux chroniqueurs en septembre : « Non, car je ne m’appelle pas Raymond Domenech ! J’ai eu de nombreuses discussions avec M. Guillon à propos de ses chroniques. Si l’humour se résume à l’insulte, je ne peux le tolérer pour les autres mais aussi pour moi. Quel patron d’une grande entreprise accepterait de se faire insulter par un de ses salariés sans le sanctionner ? J’ai un certain sens de l’honneur ; je ne peux accepter que l’on me crache dessus en direct » lors d’une interview pour le journal Le Monde.
De son coté, Philippe Val a réagi « Cela fait un an qu’on dit qu’il y a des limites à ne pas dépasser, celles de la loi. L’injure et la diffamation sont sanctionnées. La non-reconduction de leurs contrats n’est pas politique, mais fondée sur leur comportement », « Nous leur avons laissé leur chance jusqu’au bout […]. Depuis quand les règlements de compte personnels ont-ils leur place dans le cahier des charges d’une antenne de service public ? ». Enfin, pour lui, il y avait, avec ces deux chroniqueurs une “montée en puissance” d’un “chantage démagogique”.
Par ailleurs, on entend des commentaires qui tendent à affirmer que le pouvoir en place aurait fait pression pour que ces chroniqueurs de la matinale soient remerciés. Leur humour n’auraient pas été du goût du Président Sarkozy. Si tel est le cas, alors nous pouvons nous interroger sur la véracité des déclarations de Messieurs Hees et Val et nous demander s’il n’y a pas eu un rôle du gouvernement actuel dans ces décisions…
Ce qui peut nous mener à ces conclusions est, premièrement, que ces deux humoristes rassemblent chaque jour un très grand nombre d’auditeurs (près de deux millions pour Stéphane Guillon) alors comment une radio peut-elle se priver de chroniqueurs qui leur permet de faire autant d’audience ?
Deuxièmement, cela parait étonnant qu’un homme tel que Philippe Val, humoriste cinglant dans les années 80, apostrophant les politiciens, la société dans sa globalité à travers des chansons, des sketchs, soit aujourd’hui un homme qui refuse ce genre d’humour le qualifiant de « chantage démagogique »
Troisièmement, n’oublions pas que Jean-Luc Hees a été nommé par Nicolas Sarkozy en personne et nous savons tous que Stéphane Guillon et Didier Porte vont toujours très loin dans la provocation lors de leurs chroniques matinales. (Ils sont d’ailleurs aussi bien détestés qu’adorés par les auditeurs pour cela.) Combien de fois ont-ils engendré des polémiques après leurs déclarations ? Des polémiques parfois très virulentes comme par exemple celle avec Eric Besson où Stéphane Guillon l’avait comparé à une « fouine ». Ou lorsque Didier Porte avait insulté Nicolas Sarkozy en se prenant pour Dominique De Villepin. Ils avaient reçu, à l’époque, des avertissements de la part de la direction. (Ce qui ne les avait pas freinés, bien au contraire.)
Simplement, pour faire une petite parenthèse, il me semble que lorsque le président nomme le directeur de Radio France et de France télévision cela entrave l’indépendance du service public. Je pense que ce PDG a forcément, un jour ou l’autre, des comptes à rendre à son « bienfaiteur ». Il ne peut être totalement libre de faire ce qu’il veut sans se soucier de ce que pense le président de la République. Parenthèse clause.
Revenons donc aux faits cités plus haut, Stéphane Guillon et Didier Porte ont été remerciés. Eux qui sont parmi les grands représentants du droit à la liberté d’expression. Personne ne pourra nier que ces deux humoristes avec leur franc-parler, leur mise en caricature des hommes politiques, leurs attaques envers les différentes personnes importantes du gouvernement sont (étaient) les fers de lance d’une liberté caractéristique de la démocratie française.
Si la thèse d’une pression de la part du gouvernement est exacte, cela est à mes yeux, extrêmement dérangeant. En effet, selon moi, la presse en général doit être totalement indépendante du pouvoir en place, qu’il soit de droite ou de gauche. Le journalisme dans son ensemble a ce rôle, si important soit-il, d’informer la population. Il ne doit pas être influencé par qui que ce soit. Si c’est le cas, le journalisme n’est très certainement plus le « chien de garde de la démocratie » comme la Cour européenne des Droits de l’Homme l’a qualifié.
Enfin, nous pouvons nous demander si le fait que Stéphane Guillon et Didier Porte ne soient pas « reconduits » n’est pas une façon de menacer les autres chroniqueurs ?!
Cependant, la liberté d’expression ne peut pas tout couvrir. En effet, ces humoristes n’auraient-ils pas pu dire la même chose sans les insultes ? Au final, la forme des chroniques a pris le dessus sur le fond. En effet, la polémique de ces dernières semaines ferait presque oublier les dénonciations des abus du pouvoir, le fossé toujours plus grand entre les nantis et le peuple qu’ils ont mis en exergue. N’était-ce pas cela le plus important ? Pour garder le souvenir des messages transmis aux auditeurs, Guillon et Porte ne se sont-ils pas fourvoyés en utilisant les insultes même si c’est, peut être, grâce à cette provocation que nous retenons ces messages ?
La presse digne de ce nom doit être indépendante mais attention à la forme des messages que l’on veut transmettre. Dans l’histoire de l’éviction de Guillon et Porte les insultes ne sont-elles pas « l’arbre qui cache la forêt » ? A-t-on licencié ces personnes pour les insultes qu’elles proféraient ou pour ce qu’elles disaient ? Cette nuance est capitale car si c’est pour la deuxième raison, alors, notre liberté d’expression est menacée.










