Mais où est passée notre liberté d’expression ?!

Fallait pas nous le demander15/07/2010 | Raphael F.

Depuis maintenant près d’un mois, les auditeurs de France Inter ont entendu parler de « l’histoire Guillon et Porte ». Ces humoristes ont bel et bien été écartés des ondes par Jean-luc Hees, PDG de Radio France et Philippe Val, directeur de France inter, à cause officiellement de leurs chroniques trop insultantes.

Stéphane Guillon et Didier Porte disent au revoir à France Inter. Photo midilibre.com

Stéphane Guillon et Didier Porte disent au revoir à France Inter. Photo midilibre.com

Ces deux hommes se sont d’ailleurs exprimés sur ce sujet. Le premier a répondu à la question si nous allions retrouver les deux chroniqueurs en septembre : « Non, car je ne m’appelle pas Raymond Domenech ! J’ai eu de nombreuses discussions avec M. Guillon à propos de ses chroniques. Si l’humour se résume à l’insulte, je ne peux le tolérer pour les autres mais aussi pour moi. Quel patron d’une grande entreprise accepterait de se faire insulter par un de ses salariés sans le sanctionner ? J’ai un certain sens de l’honneur ; je ne peux accepter que l’on me crache dessus en direct » lors d’une interview pour le journal Le Monde.

De son coté, Philippe Val a réagi « Cela fait un an qu’on dit qu’il y a des limites à ne pas dépasser, celles de la loi. L’injure et la diffamation sont sanctionnées. La non-reconduction de leurs contrats n’est pas politique, mais fondée sur leur comportement », « Nous leur avons laissé leur chance jusqu’au bout […]. Depuis quand les règlements de compte personnels ont-ils leur place dans le cahier des charges d’une antenne de service public ? ». Enfin, pour lui, il y avait, avec ces deux chroniqueurs une “montée en puissance” d’un “chantage démagogique”.

Par ailleurs, on entend des commentaires qui tendent à affirmer que le pouvoir en place aurait fait pression pour que ces chroniqueurs de la matinale soient remerciés. Leur humour n’auraient pas été du goût du Président Sarkozy. Si tel est le cas, alors nous pouvons nous interroger sur la véracité des déclarations de Messieurs Hees et Val et nous demander s’il n’y a pas eu un rôle du gouvernement actuel dans ces décisions…

Ce qui peut nous mener à ces conclusions est, premièrement, que ces deux humoristes rassemblent chaque jour un très grand nombre d’auditeurs (près de deux millions pour Stéphane Guillon) alors comment une radio peut-elle se priver de chroniqueurs qui leur permet de faire autant d’audience ?

Deuxièmement, cela parait étonnant qu’un homme tel que Philippe Val, humoriste cinglant dans les années 80, apostrophant les politiciens, la société dans sa globalité à travers des chansons, des sketchs, soit aujourd’hui un homme qui refuse ce genre d’humour le qualifiant de « chantage démagogique »

Troisièmement, n’oublions pas que Jean-Luc Hees a été nommé par Nicolas Sarkozy  en personne et  nous savons tous que Stéphane Guillon et Didier Porte vont toujours très loin dans la provocation lors de leurs chroniques matinales. (Ils sont d’ailleurs aussi bien détestés qu’adorés par les auditeurs pour cela.) Combien de fois ont-ils engendré des polémiques après leurs déclarations ? Des polémiques parfois très virulentes comme par exemple celle avec Eric Besson où Stéphane Guillon l’avait comparé à une « fouine ». Ou lorsque Didier Porte avait insulté Nicolas Sarkozy en se prenant pour Dominique De Villepin. Ils avaient reçu, à l’époque, des avertissements de la part de la direction. (Ce qui ne les avait pas freinés, bien au contraire.)

Simplement, pour faire une petite parenthèse, il me semble que lorsque le président nomme le directeur de Radio France et de France télévision cela entrave l’indépendance du service public. Je pense que ce PDG a forcément, un jour ou l’autre, des comptes à rendre à son « bienfaiteur ». Il ne peut être totalement libre de faire ce qu’il veut sans se soucier de ce que pense le président de la République. Parenthèse clause.

Revenons donc aux faits cités plus haut, Stéphane Guillon et Didier Porte ont été remerciés. Eux qui sont parmi les grands représentants du droit à la liberté d’expression. Personne ne pourra nier que ces deux humoristes avec leur franc-parler, leur mise en caricature des hommes politiques, leurs attaques envers les différentes personnes importantes du gouvernement sont (étaient) les fers de lance d’une liberté caractéristique de la démocratie française.

Si la thèse d’une pression de la part du gouvernement est exacte, cela est à mes yeux, extrêmement dérangeant. En effet, selon moi, la presse en général doit être totalement indépendante du pouvoir en place, qu’il soit de droite ou de gauche. Le journalisme dans son ensemble a ce rôle, si important soit-il, d’informer la population. Il ne doit pas être influencé par qui que ce soit. Si c’est le cas, le journalisme n’est très certainement plus le « chien de garde de la démocratie » comme la Cour européenne des Droits de l’Homme l’a qualifié.

Enfin, nous pouvons nous demander si le fait que Stéphane Guillon et Didier Porte ne soient pas « reconduits » n’est pas une façon de menacer les autres chroniqueurs ?!

Cependant, la liberté d’expression ne peut pas tout couvrir. En effet, ces humoristes n’auraient-ils pas pu dire la même chose sans les insultes ? Au final, la forme des chroniques a pris le dessus sur le fond. En effet, la polémique de ces dernières semaines ferait presque oublier les dénonciations des abus du pouvoir, le fossé toujours plus grand entre les nantis et le peuple qu’ils ont mis en exergue. N’était-ce pas cela le plus important ? Pour garder le souvenir des messages transmis aux auditeurs, Guillon et Porte ne se sont-ils pas fourvoyés en utilisant les insultes même si c’est, peut être, grâce à cette provocation que nous retenons ces messages ?

La presse digne de ce nom doit  être indépendante mais attention à la forme des messages que l’on veut transmettre. Dans l’histoire de l’éviction de Guillon et Porte les insultes ne sont-elles pas « l’arbre qui cache la forêt » ? A-t-on licencié ces personnes pour les insultes qu’elles proféraient ou pour ce qu’elles disaient ? Cette nuance est capitale car si c’est pour la deuxième raison, alors, notre liberté d’expression est menacée.

Si ce n’est plus l’Europe de nos pères

Actualité internationale14/06/2010 | Matthieu W
Crise économique et financière, conséquences sociales assurées. (image photo 7sur7.be)..

Crise économique et financière, conséquences sociales assurées. (image photo 7sur7.be).

On ne peut que constater ces derniers jours que l’Europe s’inquiète et suscite l’inquiétude. Et la terreur ne pouvait que surgir de la sphère économique, notamment financière. Soixante ans  après son initiation l’Union ne parvient toujours pas à acquérir une autre dimension que celle purement économique. Il n’y a donc que les crises financières, les dettes alarmantes, la chute de l’euro qui poussent à l’action européenne. Décidément hors jeu  du débat politique international – le sommet de Copenhague en décembre 2009 avait encore révélé les faiblesses politiques de l’Union européenne – le vieux continent tout entier ne peut que s’alarmer des fragilités récentes concernant son domaine favori, économique bien évidemment. Dans ce contexte dramatique les plans d’austérité ne pourront pas tout régler et l’essentiel se situe certainement ailleurs. Lire la suite »

Bourdieu est mon ami

Fallait pas nous le demander03/06/2010 | Heloise F
"Sur la télévision" de Pierre Bourdieu

"Sur la télévision" de Pierre Bourdieu

J’ai découvert l’autre jour, en flânant dans une librairie, un petit ouvrage rouge, qui, par sa couleur criarde attire mon œil morose. Quelle n’est pas ma surprise de découvrir qu’il s’agit d’un recueil de la parole de Bourdieu, parole déclamée à la télévision il y a de cela quelques années. Quoi, un ouvrage de Bourdieu de moins de 100 pages ? Et lisible avec ça ? Car trêve d’hypocrisie, à moins d’être un féru du langage sibyllin et hautement technique du maître, à moins d’apprécier de lire quelques 300 pages d’introduction, introduction toujours plus longue au fur et à mesure que Bourdieu ré-éditait ses ouvrages majeurs, qui, parmi nous, a déjà fini un de ses livres ?

Bref, ce minuscule livre, presque mignon dans sa petitesse, m’a donné envie de dire « oui, j’ai fini un livre de Bourdieu », alors je me suis lancée, j’ai acheté ce trésor, et je l’ai ramené chez moi comme un trophée de chasse durement acquis. Lire la suite »

Profiter du Mondial pour découvrir l’Afrique du Sud

Envie d'ailleurs20/05/2010 | Benjamin J
Kimberley, au Nord. Photo pressvoyages.com

Kimberley, au Nord. Photo pressvoyages.com

15 Mai 2004, Zurich, Suisse. Ce jour-là, lorsque le comité exécutif de la FIFA désigne l’Afrique du Sud organisatrice officielle de la Coupe du Monde de football (quatre ans après avoir échoué d’une petite voix contre l’Allemagne), la symbolique est évidemment très forte. En effet pour la première fois de son histoire, le Mondial se déroulera sur le continent africain. Une anomalie, serait-on tenté de dire, tant les Milla, Dahleb, Weah, Drogba ou Eto’o ont fait vibrer la planète foot.

Le 11 Juin 2010 marquera donc le coup d’envoi du deuxième évènement sportif le plus diffusé au monde après les Jeux Olympiques, et ce sont donc pas moins d’un milliard d’individus qui auront les yeux braqués pendant un mois sur l’Afrique du Sud. Lire la suite »

La Ligue du Nord monte en puissance

Actualité internationale14/05/2010 | Raphael F.
Umberto Bossi entouré de ses partisans. Photo flick.fr

Umberto Bossi entouré de ses partisans. Photo flick.fr

Il y a quelques semaines (le 29 mars), ont eu lieu en Italie les élections régionales. Comme en France elles n’ont pas suscité un grand enthousiasme (seulement 63,6% de la population est allée voter) alors qu’elles jouent le rôle, en plus du « contrôle des régions », de conforter ou désavouer les actions mises en place par le gouvernement. Et ce, en votant ou non pour sa formation politique. Et tout comme en France, nous avons pu assister à des scores de l’extrême droite relativement élevés par rapport aux années précédentes. En effet, La ligue du Nord obtient  12,7% des votes à l’échelle nationale. Lire la suite »

Gaspar Noé est-il le pire ou le meilleur cinéaste français ?

Culture13/05/2010 | Sylvain Y

Enter the Void est sorti sur les écrans le 5 mai. Le réalisateur Gaspar Noé, qui avait signé quelques années plus tôt Irréversible, revient avec un film expérimental et éprouvant. Sylvain Yonnet et Raphaël Seas en ont profité pour écrire deux articles en parallèle afin d’attaquer ou de défendre ce cinéaste provocateur.

Octobre 2008 – Pascal Le Segretain/Getty Images Europe

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Elections régionales, conséquences introuvables ?

Actualité française30/03/2010 | Lea D.

La gauche a choisi l’union pour le deuxième tour des régionales. Photo lemonde.fr

« Élections régionales, conséquences régionales. Élections nationales, conséquences nationales » par cette phrase le président renonçait le mardi 9 mars à une première stratégie de campagne qui consistait à installer les débats sur « les grands sujets nationaux » à l’inverse de Martine Aubry qui affirmait en décembre vouloir « régionaliser le débat national ». A l’approche des résultats les discours changent : le PS lit ce vote comme une remise en cause générale du sarkozysme, un vote présentant donc une dimension clairement nationale, tandis que N. Sarkozy s’acharne à circonscrire les conséquences de ces résultats à l’échelle régionale.

Les résultats des élections régionales donnent lieu à d’innombrables bilans et “leçons à retenir” qui varient étrangement selon les partis : la défaite de l’UMP, le rejet du sarkozysme, le manque de clarté de la représentation des institutions locales, le retour de la gauche,… En ce sens, il est difficile de faire la différence entre discours partisans et véritables analyses politiques. Lire la suite »

Des conventions sociales : de “Sa majesté des mouches” à “Edward aux mains d’argent”

Culture29/03/2010 | Aude F

Edward aux mains d'argent, l'affiche du film de Tim Burton

William Golding fut récompensé d’un prix Nobel de la littérature en 1983 pour son roman Lord of the flies (Sa majesté des mouches). Ce prix Nobel est incontestable et incontesté, et pour cause : le livre ne se contente pas d’être écrit dans un style magnifique, mais son analyse de la nature humaine ne manque pas de bouleverser votre ordre de pensée. A travers l’histoire d’une bande d’enfants échoués sur un île déserte, qui doivent survivre sans adultes et se construire un cadre de vie, W. Golding nous montre que la civilisation n’est que conventions sociales, et que l’homme, dans sa nature la plus profonde, n’est en réalité qu’une bête sauvage qui se fie à ses instincts.

L’échec de la civilisation révèle le mal inhérent à l’homme ; le vernis des conventions sociales se craquèle jusqu’à sa disparition totale, jusqu’au meurtre de deux des enfants par le reste de la bande. La tentative de construction politique, représentée par la figure de Ralph, le chef qui possède la conque de la parole, échoue devant le leadership des chasseurs, représentants de la bestialité la plus primaire. Les enfants perdent jusqu’au langage, première caractéristique de la civilisation et de l’humanité. Lire la suite »

Une génération sans danse

Culture22/03/2010 | Sylvain Y

Les soirées dansantes ont changé en fonction des époques, des modes et des musiques. On dansait la valse sous Napoléon, la mazurka pendant le Second Empire, les claquettes au début du siècle, le charleston avant la Grande Guerre, le lindy-hop dans les années 1920, le boogie dans les années 1930, le swing sous l’Occupation, le be-bop à la Libération, le cha-cha-cha dans les années 1950, le rock’n roll dans les années 1960, le disco pendant les seventies… Et maintenant ? Même les chorégraphies générées par des tubes (YMCA, la Macarena) et le slow, pourtant efficace (de l’érotisme pour peu d’effort), sont désuets. Il faut se résoudre à l’évidence : aucun pas de base ne vient structurer les déhanchements approximatifs de nos dancefloors. Nous sommes la génération sans danse. Lire la suite »

Partir en République Centrafricaine

Envie d'ailleurs18/03/2010 | Benjamin J
Photos prises par Cécile

Photos prises par Cécile

La coopération est un concept bien souvent méconnu du grand public. Constat plutôt fâcheux quand on regarde l’état du monde aujourd’hui, un monde rempli de voyages, de migrations, de flux, d’échanges et de partages…

Partir en coopération, c’est partir dans un pays pour y remplir une mission auprès de la population (le plus souvent dans un but humanitaire, mais pas nécessairement). Le statut du coopérant est différent de celui d’un expatrié, qui est en général embauché par une entreprise, un organisme ou un Etat. Ainsi, on peut prendre l’exemple des enseignants des lycées français à l’étranger ou des membres d’ONG. Le coopérant, lui, a un statut et une mission différente. Peu rémunéré, on ne lui demande pas de remplir d’objectifs précis, sinon de vivre auprès de la population locale, d’avoir un niveau de vie plus proche du leur, de changer de vie en quelque sorte !

Cécile, prof de maths, pas encore 26 ans, a fait le choix de la République Centrafricaine, pays pauvre et enclavé du centre de l’Afrique. En Septembre 2009, elle abandonne Paris, le métro, la grisaille, le lycée (les grèves ?), pour partir enseigner dans un collège de filles à Maïgaro. Elle nous raconte ici ses attentes, ses constats, ses expériences… Entretien. Lire la suite »